BB Brunes, rencontres du troisième type

Crédit : Julien Weber
Crédit : Julien Weber

Les cheveux ébouriffés, la voix qui vient tout juste de finir sa mue, le style vestimentaire aussi débraillé que les guitares qui accompagnent des mélodies abrasives… j’ai vécu une partie de l’année 2007 à marcher dans les rues de Romford, en Angleterre, où je m’étais exilé pendant toute une année scolaire, au son des BB Brunes, sans me douter qu’une nouvelle génération de « bébé rockeurs » émergeait pendant ce temps là en France. J’avais beaucoup apprécié cette fougue, cette irrévérence et cette nonchalance qui faisaient écho au mouvement insufflé par les Libertines ou Arctic Monkeys de ce côté-là de la Manche.

Pyromanes de la pop

Qui aurait misé à l’époque sur la survie du groupe à peine sorti de l’adolescence ? Seuls survivants de cette folle épopée, Adrien Gallo, Félix Hemmen, Bérald Crambes et Karim Réveillé ont dû se réinventer plusieurs fois, emprunter des chemins plus expérimentaux, sortir de leur carcan rock pour se frotter à d’autres styles non moins réjouissants. Dix ans après leurs débuts, le quatrième album des BB Brunes n’a pas grand chose à voir avec les tubes qui les ont fait connaître. Mais j’y ai retrouvé le goût des mélodies qui accrochent l’oreille, la plume maligne du flegmatique Adrien Gallo, et une folle inventivité à toute épreuve. Déjà sur l’album précédent, « Long courrier », j’avais adoré cette façon de casser leurs propres codes, de poursuivre une métamorphose inévitable pour continuer d’exister et de se faire plaisir. Une chanson comme « RIP » mélangeait déjà le lyrisme de Balavoine et les guitares fiévreuses qui restent leur marque de fabrique. Une autre comme « Police déprime » annonçait un virage plus audacieux, tourné vers la pop élégante d’un certain Etienne Daho.

C’est peu dire que ce quatrième opus était casse-gueule sur le papier. Mélanger des influences aussi éloignées que Christophe, Frank Ocean, Justice, PNL, William Sheller, The Weeknd, Alain Chamfort, ça peut surprendre et heurter les puristes. Mais ce « Puzzle » a finalement très belle allure. On sent un vrai plaisir de jouer avec les étiquettes, de mélanger les ambiances, avec un fil rouge : la voix de plus en plus affirmée d’Adrien Gallo, qui se rapproche parfois de celle de Christophe sur les intenses « Terrain vague » et « Celesta », et une adrénaline euphorisante qui va donner une nouvelle tournée alléchante. De façon générale, certains morceaux comme « Midi minuit », « Pyjama », « Pyromane » ou le single « Eclair Eclair » confirment l’ambition des quatre garçons : fabriquer un rock du futur, qui puise autant ses racines dans les années 80 que dans les années 2000, et créer « des rencontres du troisième type » particulièrement jouissives.

 

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