Benjamin Biolay, l’insolence magnifique

Benjamin-Biolay

Les retrouvailles avec Benjamin Biolay sont toujours teintées d’une amertume agréable, d’une « langueur monotone » comme dirait l’autre. Je ne me lasserai jamais de me laisser porter par son timbre alangui, ses intonations gainsbouriennes qu’il a fini par faire siennes avec le temps. Son septième album ne déroge pas à la règle. « Palermo Hollywood », c’est son nom, est un quartier de Buenos Aires en Argentine où BB a trouvé l’inspiration fulgurante pour ses nouvelles chansons. Son nouvel opus sonne comme la bande originale épique et aventureuse d’un film imaginaire. Pour ma part, j’imagine bien un road trip à travers l’Amérique du Sud, parsemé de rencontres, de moments de joie et de désillusions amères.

Voyage au bout de la nuit

L’un des mots qui me vient à l’esprit quand j’écoute ce nouveau disque, c’est la saudade, mot d’origine portugaise qui traduit un sentiment d’abandon, de mélancolie profonde mêlée à de la joie. Ses chansons me mettent dans un état contemplatif, me procurent une émotion indescriptible et m’emmènent très loin. C’est sans doute aussi parce que c’est son album le plus dépaysant, qui fait appel à des racines pour le moins éloignées. Benjamin Biolay a notamment injecté de la cumbia, ce mélange entre sonorités électroniques et traditionnelles, sur « La noche Ya No Existe ». Le titre « Palermo Soho » rappelle lui les divagations de Manu Chao sur l’album « Clandestino », sauf qu’ici elles sont nocturnes et agitées.

L’ombre du grand Ennio Morricone plane également sur certains titres comme « Palermo Spleen », grand moment d’émotion du disque avec ses quelques secondes d’opéra qui ne peuvent que coller des frissons. Ce qui ressort de ce disque, c’est que Benjamin Biolay reste un grand romantique, malgré sa réputation de tête brûlée, d’éternel insolent indomptable. Ses textes explorent le sentiment amoureux et les déceptions qui l’accompagnent comme personne, comme sur l’immense morceau « Pas sommeil ». « Palermo Hollywood » oscille entre douces caresses (« Ballade française ») et gifles vivifiantes (« Pas d’ici »), nous laissant « le cœur en sang et le corps endolori » par tant de beauté.

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