The Dizzy Brains : « A Madagascar, on sait qu’on ne passera pas à la radio »

Photo : © Rijasolo
Photo : © Rijasolo

Le Printemps de Bourges se met à l’heure malgache avec The Dizzy Brains. Programmé sur la scène Pression Live, le groupe de rock bouscule les conventions de son pays et dénonce les conditions de vie dans des textes remontés, le tout sur des riffs brûlants et une énergie de dingue sur scène. J’ai rencontré les quatre garçons quelques heures avant leur passage à Bourges et quelques heures après leur intervention dans Le Petit Journal sur Canal+. Derrière leur tranquillité apparente se cache une vraie rébellion et une fureur de vivre propre aux plus grands groupes de rock.

Que représente quoi pour vous le fait de jouer dans des festivals français comme les Transmusicales de Rennes ou le Printemps de Bourges ?
On ne connaissait pas du tout ces festivals, on a appris leur existence quand on a été signés dans notre label. Mais c’est quelque chose d’assez fou pour nous, c’est une occasion de partager notre musique, de ne pas rester bloqués à Madagascar parce que là bas il n’y a pas trop de fans du genre de rock qu’on fait.

Faire du rock, c’est le seul moyen pour vous d’expulser toutes vos colères ?
Oui, c’est la seule musique qui nous permet de sortir notre rage, de se révolter. On ne peut pas descendre dans les rues dans notre pays, donc on se bat avec nos chansons. Et le rock était la seule solution pour nous exprimer. Si la musique était notre seule motivation, on pourrait très bien faire du jazz, mais ce n’est pas le cas. On a été bercés par le rock depuis tout petit, donc c’était aussi normal de se diriger vers ce style quand on a créé le groupe. Avec mon frère, on écoutait beaucoup les Velvet Underground et de la chanson française comme Jacques Dutronc grâce à notre père. C’est le rock qui nous réunit tous, une certaine forme de liberté.

Comment se sont déroulés les tout premiers concerts chez vous ?
Je n’arrive même plus à me souvenir du pire obstacle qu’on a dû affronter à nos débuts tellement il y en a eu. On faisait des concerts avec 10 ou 20 personnes et on ne gagnait pas du tout d’argent. Personne ne nous appelait, on suppliait les gens pour pouvoir chanter. Après, on a connu pas mal de galères, on dormait dans la rue, on a accumulé les dettes pour pouvoir emprunter du matériel. On fuyait les gens à qui on devait de l’argent, mais ça ne nous a pas donné envie de baisser les bras.

Qu’est-ce qui posait problème ?
C’est le rock qui ne passe pas trop là-bas, c’est considéré comme trop rebelle, comme la musique du diable. Les gens préfèrent écouter de la variété, les gens se mettent beaucoup de barrières dans la tête, ils sont très extrémistes côté religieux et social. Nous, on parle de sexe dans nos paroles et on sait que ça ne passera jamais à la radio à Madagascar. Mais en ce moment, on constate une certaine évolution et une ouverture des mentalités. On ne sait pas si c’est grâce à la musique, mais il y a plein de gens derrière nous, donc ça nous rend fier. Pourtant, on n’est pas là pour représenter les Malgaches, on ne veut pas symboliser l’esprit de révolte et de changement. Tout ce qu’on veut, c’est jouer notre musique, chanter ce qu’on ressent, et tant mieux si des personnes se reconnaissent.

Vous reprenez la chanson « Les cactus » de Jacques Dutronc, que représente la France à vos yeux ?
D’abord, Madagascar est une ancienne colonie française et depuis tout petit, on entend parler français dans les écoles et dans la rue. On ne peut vraiment pas se passer de la musique et de la culture française.

Que pensez-vous du vent de révolte qui souffle en ce moment en France ?
Je ne connais pas trop le système dans votre pays, mais nous on trouve que c’est très bien organisé et que c’est propre alors que chez nous, c’est plutôt l’anarchie. Je trouve que vous avez de la chance de vivre en France, c’est ce que diraient plein de gens de chez nous. Je ne comprends pas trop pourquoi les gens ici passent leur temps à râler (rires)

A l’avenir, allez-vous continuer dans la même veine engagée avec vos chansons ?
Tout dépend de l’évolution de la situation à Madagascar. Si on trouve un changement positif envers nous, envers le peuple, peut-être qu’on arrêtera. Ça dépendra ce qu’on vivra là-bas, de ce qu’on voit à la télévision. N’empêche qu’on aime bien aussi chanter autour de l’amour et des filles, et ça ne changera pas ! (rires)

The Dizzy Brains sera en concert le 13 mai à la Coopérative à Clermont Ferrand, le 19 mai au Canal 93 à Bobigny, le 21 mai au Plan à Ris-Orangis et le 27 mai au Temps-Machine à Joué-les-Tours.

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