Les recettes de fabrique des Transmusicales

POUR ILLUSTRER LE PAPIER DE PHILIPPE SCHWAB: "JEAN-LOUIS BROSSARD, INFATIGABLE DEFRRICHEUR DES TRANSMUSICALES DE RENNES". Jean-Louis Brossard, programmateur des Transmusicales de Rennes, pose le 30 novembre 2010 dans son bureau à Rennes. Jean-Louis Brossard, 57 ans, n'a malgré ses cheveux blancs rien perdu de son enthousiasme juvénile à partager ses découvertes tous azimuts, qui ont permis à son festival de révéler notamment Nirvana et Björk. AFP PHOTO/ DAMIEN MEYER
Jean-Louis Brossard, la mémoire du festival. AFP PHOTO/ DAMIEN MEYER

Sans lui, il n’y aurait pas les Transmusicales de Rennes. Jean-Louis Brossard est l’âme du festival le plus avant-gardiste de l’Hexagone, qui a vu émerger un nombre incalculable de talents depuis sa création en 1979 (Etienne Daho, Noir Désir, Lenny Kravitz, Keziah Jones, MC Solaar, Daft Punk, Metronomy, Stromae, Jungle, Fakear, etc…). Le programmateur nous donne quelques clés pour comprendre la fabrication d’une affiche qui révèle toujours sa magie pendant les quelques jours d’agitation et de surprise du festival, qui aura lieu cette année du 30 novembre au 4 décembre.

Quand vous avez bouclé la programmation du festival, estimez-vous que vous avez fait le plus dur ?
Je suis heureux quand j’ai complètement terminé, quand j’ai même trouvé le DJ inter-plateaux, que tout est fait. Le plus ennuyeux, ce serait de découvrir un nouveau truc une fois que tout est fini. C’est pour ça que j’ai rajouté une soirée le 15 décembre qui s’appelle Transmusicales One More où je programme des artistes que j’aurais bien aimé avoir mais je n’avais plus de place.

A quelle période achevez-vous le processus de sélection des groupes ?
Je termine avant fin septembre. J’ai besoin de cogiter un petit bout de temps et j’aime bien donner une liste d’une quinzaine d’artistes à la fois, je vais écrire une grille de prog avec les salles, je fais la répartition. Il y a toujours une longue gestation, je vais en voir certains sur scène et je reçois beaucoup de liens parce que j’ai un réseau du monde entier. Parfois, je suis un peu hésitant et parfois c’est direct.

Avec les années, est-ce plus facile de se décider ?
C’est ni facile, ni difficile, il faut surtout y arriver ! Mais ça reste quand même un métier formidable, j’écoute de la musique tous les jours. Heureusement que ce n’est pas si facile, ça me pousse à repousser mes limites, je veux toujours avoir des groupes qu’aucun autre festival ne va avoir. J’ai envie d’avoir que des nouveautés, des gens que personne n’a encore vu, donc il faut savoir se priver de certains artistes qui ont fait des festivals l’été d’avant.

C’est un défi de se surpasser chaque année pour faire découvrir des artistes encore plus prometteurs ?
Je reste toujours sur l’idée du coup de cœur, même si ça m’amène à d’autres sons que je connaissais pas. J’ai besoin d’aimer fondamentalement les artistes que je sélectionne, quoiqu’il se passe. C’est pour ça que je le fais depuis si longtemps, ça me plait toujours de faire émerger des talents à un public qui ne les connaît pas, certains font carrière, d’autres n’y arriveront jamais.

HMLTD, ou Happy Meal Limited, est le dernier groupe programmé par Jean-Louis Brossard pour les Trans 2016.
HMLTD, ou Happy Meal Limited, est le dernier groupe programmé par Jean-Louis Brossard pour les Trans 2016.

Avez-vous déjà été déçu par un artiste en qui vous croyiez beaucoup ?
Oui, ça m’est arrivé avec Bootsy Collins, bassiste réputé de funk qui a notamment travaillé avec James Brown ou George Clinton, et son concert aux Trans a été très décevant, c’est vraiment mon pire souvenir. Il lui fallait un système spécial pour sa guitare qu’il n’a jamais réussi à maîtriser alors qu’il y avait une dizaine de musiciens autour de lui sur scène. Pourtant, je me renseigne toujours pour savoir combien il y a de personnes dans le groupe, je regarde des liens YouTube de concerts. Par exemple, j’ai booké un groupe qui s’appelle Happy Meal Limited, qui est le dernier que j’ai sélectionné. Il n’y avait que deux morceaux sur Soundcloud et je suis allé voir des vidéos pourries en live pour mieux me rendre compte de l’énergie du groupe. Et là je me suis dit que ça avait l’air génial, le son est dégueulasse mais tu vois qu’il se passe quelque chose sur scène, le chanteur est habité, le groupe est vraiment à fond, ça me donne une idée de ce que ça peut représenter.

Votre métier a beaucoup évolué depuis la création du festival en 1978, quel rôle joue le Web dans la recherche de la programmation, n’est-ce pas parfois un piège supplémentaire à déjouer ?
Oui, mais je ne pense pas me tromper. Avant, c’est vrai que c’était un autre travail, on pouvait découvrir un groupe à la radio ou aller fouiller dans les magasins de disques. On travaillait aussi beaucoup plus directement avec les maisons de disques. Maintenant, on a des liens très forts avec les tourneurs, les labels sont plus frileux, je programme beaucoup de groupes aujourd’hui qui n’ont pas encore sorti leur disque parce qu’il y a beaucoup plus de barrières économiques que par le passé. Avant, on m’envoyait des disques, et maintenant je consulte les liens envoyés par des agents, ça prend beaucoup de temps à écouter. Mais ça me plaît aussi beaucoup, par exemple j’ai reçu une vidéo d’un groupe qui s’appelle Ngod, et j’ai eu un coup de cœur immédiat, j’ai tout de suite eu envie de les programmer et je pense que je ne vais pas me tromper.

Justement, pouvez-vous me dire quels sont vos 5 coups de cœur qui se détachent de votre prog ?

BCUC : un groupe sud-africain, j’ai écouté du son, j’ai vu une vidéo de l’enregistrement de leur album qui vient de sortir en vinyle, j’adore ce genre de musique, il n’y a qu’une basse comme instrument, après ce ne sont que des percussions et des voix. Il y a une énergie folle qui se dégage de leurs chansons qui me touche beaucoup. C’est typiquement le genre de groupes qui te redonne envie de faire des festivals.

Anna Meredith : Je l’ai vue en live à Brighton au festival The Great Escape, c’est une formule assez particulière puisqu’elle fait les claviers, les machines et la clarinette et à côté d’elle, il y a un violoncelle, une batterie et un tuba. C’est influencé par une certaine musique classique et savante, ce n’est pas très rock mais ça donne une ambiance spéciale.

No Zu : un groupe qui vient d’Australie, ils sont 8 sur scène, ça se situe entre LCD Soundsystem et les Talking Heads, avec un groove super présent, ils viennent d’ailleurs d’Australie uniquement pour ce concert.

Liev : une petite chanteuse belge qui a 17 ans que j’ai vue en résidence à Lorient, au Manège. Ça m’a beaucoup touché, ils sont deux sur scène, la fille a une présence complètement incroyable et une voix magnifique.

Empereur Renard : un duo rennais machines/guitares qu’on accompagne aussi et qui fait la tournée des Trans, c’est de la musique instrumentale très électronique, qui me fait un peu penser à l’énergie des Daft Punk des débuts, j’y crois beaucoup.

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