Les Trans aux Français

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En 2016, aux Transmusicales de Rennes, les groupes français ont débarqué en force dans la programmation, au milieu de l’exotisme et du nombre incroyable de nationalités présentes (35 pays représentés, dont 19 hors de l’Europe). L’occasion pour moi de parler de mes coups de cœur parmi cette nouvelle génération curieuse et polymorphe.

Sônge
Le concert de Sônge a commencé comme une illumination divine. Une créature surgie de nulle part qui allume soudain ses lunettes du futur et déploie ses mélodies non moins avant-gardistes. Locale de l’étape, la jeune Bretonne impressionne par son aisance scénique et ses influences ambitieuses (Santigold, Beyonce, FKA Twigs). Au final, du hip-hop hybride et expérimental qui marie les styles avec classe, avec à la clé une véritable showgirl, distribuant son EP au public du premier rang et électrifiant l’ambiance parfois un peu sage de l’Etage du Liberté.

Requin Chagrin
Cela fait un an que je m’enivre au son de la chanson « Le chagrin », parfait petit tube de surf rock à la française signé par ce groupe mené par la chanteuse Marion Brunetto. J’étais donc impatient de les découvrir enfin en live, dans le cadre du tapis rouge déroulé à la marmite de nouveaux talents francophones La Souterraine. Un peu timorés au début du concert, le groupe s’est rapidement réchauffé avec les mélodies fiévreuses de son premier album, au mélange quasi-inédit de textes en français et de rock intense chargé en réverbérations poétiques.

Clara Luciani
Les Bars en Trans ont cet avantage de pouvoir dire : j’y étais. J’y étais aux premiers pas d’un groupe phénomène devant une poignée d’irréductibles, serrés comme des sardines, mais heureux d’avoir la sensation de participer à l’éclosion d’une nouvelle étoile. Après Feu Chatterton, Fishbach ou encore Tim Dup les années précédentes, je prédis le même destin à Clara Luciani. Après avoir donné de la voix pour La Femme ou Raphaël, la longiligne chanteuse a un vrai talent de conteuse folk, faisant souvent parcourir des frissons parmi le public. Sa voix rauque, son regard intense, sa fébrilité apparente fascinent et servent à merveille ses chansons habitées, très sombres, qu’elle éclaire de sa splendeur, comme « Monstre d’amour ».

Le power trio français Canari.
Le power trio français Canari.

Canari
Je ne savais rien avant le concert de ce « power trio psychédélique » qui nous en a fait de toutes les couleurs au Théâtre du Vieux Saint-Etienne, plus vieille église de Rennes reconvertie en lieu de spectacle. Les trois garçons s’en donnent à cœur joie pour délivrer leurs morceaux de bravoure, tantôt funky, tantôt lyriques, la plupart du temps remplis d’une liberté de jeu qui revigore. Reste ce langage cryptique qui parcourt leurs chansons, qui rajoute un supplément de mystère pas forcément indispensable à la qualité des compositions.

Volontiers
Au-delà de son nom de scène cocasse, j’avais été intrigué par la chanson « Caramel Fou », sorte de rencontre improbable entre les ballades mielleuses de Laurent Voulzy et le rock psychédélique de Tame Impala. Le concert du groupe à l’Etage m’a confirmé le côté inclassable de leurs chansons, un peu comme leurs cousins d’Aquaserge, que je trouve encore plus débridés. Avec Volontiers, on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre, que ce soit des longs solos de guitare épiques ou des paroles plus propices à la rigolade, comme avec « Vanessa ». A la fois perturbant et suffisamment intrigant pour se laisser emmener en voyage.

Octave Noire
Peut-on imaginer Elvis Presley déclamer avec sa fougue légendaire : « Un pour l’argent, et deux pour le spectacle » dans le refrain de son tube « Blue Suede Shoes » ? C’est l’une des questions posées par Jérôme Rousseaux, homme orchestre, musicien fantasque (Les objets, Ignatus) et conférencier sur le rock et la chanson samedi aux Transmusicales.  « Pourquoi préférer chanter en français plutôt qu’en anglais dans les musiques actuelles », c’était le titre de cette conférence passionnante qui a retracé l’histoire de la musique à travers le choix parfois cornélien pour les artistes francophones de sa langue maternelle ou de celle des artistes qu’ils adulent.

Une présentation ponctuée d’exemples récents de prise de position forte comme celle de La Femme, Requin Chagrin ou encore Lescop, et suivie d’un concert d’Octave Noire. Ce dernier a choisi de s’exprimer en français sur des musiques lancinantes qui ne jureraient pas dans des films de science-fiction, comme dans son single « Un nouveau monde », un de mes coups de cœur de ces dernières semaines.

Pour plus d’infos : retrouvez l’interview du programmateur Jean-Louis Brossard.

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