L’homme qui a ressuscité Kurt Cobain

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Vous croyez tout savoir de la vie, de l’œuvre et de la mort de Kurt Cobain ? Il y a ce qu’on connaît du leader de Nirvana, son suicide à l’âge de 27 ans, après une carrière fulgurante, ses frasques, son addiction aux drogues ou sa relation tumultueuse avec Courtney Love. Le journaliste de rock Laurent-David Samama, lui, a pris le pari d’imaginer une ultime confession vérité du chanteur face à son caméscope dans son premier roman « Kurt », publié chez Plon. Un livre au carrefour du documentaire et de la fiction pure qui permet d’avoir une autre perspective sur cette vie si commentée. « J’avais à cœur de rester au plus proche des faits mais je reste fasciné depuis longtemps par les grands critiques rock qui mettent des mots sur un cri de rage, une certaine fougue, sachant qu’en français ça s’y prête moins, m’a confié l’auteur Laurent-David Samama. J’ai voulu en faire un personnage de roman parce qu’il avait un destin inévitable, que sa fin était programmée. Même si beaucoup de personnes ont tenté de ralentir sa chute, il n’y avait rien à faire contre sa mort précoce. »

Laurent-David Samama est journaliste pour Les Inrockuptibles, La Règle du jeu et L'Optimum.
Laurent-David Samama est journaliste pour Les Inrockuptibles, La Règle du jeu et L’Optimum.

Au fur et à mesure des vérités assénées par Kurt, des anecdotes racontées à sa façon, des remords exprimés à voix haute, on finit par avoir de l’empathie pour sa personne et on ne peut s’empêcher de s’interroger sur le rôle de la musique dans sa dépression profonde. « Au début, il a vu la musique comme un moyen de sortir d’une vie un peu minable sauf que ça va le dépasser. C’est ce qu’on fait de ses chansons qui va complètement l’achever.  Il y a un fond très sombre chez lui et comme la musique lui donne un rythme de vie décalé, sans horaires fixes, sans cadre, ça lui fait perdre pied. Au bout d’un moment, c’est renforcé par l’argent, le succès, le fait de voir sa tête partout à la télé, d’être la plus grande star de l’époque. »
Récit écrit à la première personne du singulier, « Kurt » donne la troublante sensation d’immersion dans son cerveau, de proximité affective avec un artiste qui n’avait pas pour habitude de se livrer. « Le vrai problème, c’était de trouver les bons mots, alors que c’était un type qui ne parlait pas. Il murmurait souvent des bribes de phrases dans un langage qui lui était propre. Il fallait inventer une sorte de tempo, qu’on puisse y croire, être le plus proche de ce qu’on imaginait de lui. J’ai imaginé le livre comme une sorte de longue pièce de théâtre où il serait seul sur scène. Je voulais que ça puisse se lire très vite, un peu comme le grunge se joue très rapidement. »

Qui se cachait derrière l’image d’écorché vif anti-système dont il est souvent le représentant malgré lui ? « J’ai fini par avoir de l’affection pour lui, au début j’ai écrit ce livre pour sa musique et j’ai fini par apprécier l’homme. Même s’il va très vite, très fort et très loin, on a envie de le connaître, de boire une bière avec lui, de comprendre ce qui lui est passé par la tête. Je crois qu’au fond, c’était un vrai tendre, il voulait faire le bien autour de lui, diffuser une bonne parole, de façon un peu dépravée, mais il s’engageait vraiment et incitait les jeunes à se réveiller, à prendre conscience du monde qui les entoure. Il n’était pas du tout politisé contrairement à la génération d’artistes qu’on a aujourd’hui. »

Extraits  :Kurt-Samama-JewPop
« Vous savez quoi ? Le réveil, vous, moi, même combat. Et si j’veux pas me réveiller  ? Et si ce matin, j’avais décidé de pioncer ? Visiblement impossible. Pas le droit de considérer que la vie au-dehors est trop moche, trop angoissante, inhospitalière, non. Il faudrait absolument avaler sa dose de café comme une drogue du petit matin, se doucher, enfiler son costard, aller à l’abattoir… Pourtant, vous savez, nous ne sommes rien d’autre que des tas de viande avariée destinée à se faire massacrer. »

« J’aurais voulu être autre chose, pas un artiste, pas une image seulement, pas ce gus qui s’égosille à la télé. Vivre simplement, en paix avec moi-même et avec les autres. J’aurais voulu être un bon père de famille et un mari gentil. Et prendre soin des gens. Depuis l’adolescence, je hais le monde tel qu’il est, je l’ai fui par le biais pratique des substances et des médicaments. Je me suis voilé la face, je n’ai cessé de placer un filtre entre la réalité et moi, mais la réalité finit toujours par vous rattraper. »

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