Terres du Son 2016 : Philémone, l’âme de fond

Philémone à la Fête de la musique à Tours le 21 juin 2016.
Philémone à la Fête de la musique à Tours le 21 juin 2016.

 

On ne dirait pas comme ça, mais Philémone est une vraie lionne, le genre d’artistes à fleur de peau qui lâchent prise une fois arrivés sur scène. Pour cette chanteuse originaire de Tours que j’ai rencontrée dans les coulisses du festival Terres du Son, les mots sont des armes pour éradiquer et exprimer ses maux d’amour, ses frustrations et ses angoisses. «Un peu de douceur et de colère», un mantra qui lui va à merveille à l’écoute de son premier EP sorti en septembre dernier.

Une « invasion » poétique et radicale pour reprendre le titre de ce disque qui conjugue le flow et les rimes habiles de Grand Corps Malade et l’urgence de Fauve, le tout assorti de boucles et de nappes électro totalement planantes. « C’est un compliment pour moi d’être comparée à Fauve, m’a t-elle confié. Ils sont représentatifs d’une certaine génération, l’image qu’ils renvoient a pu faire écho chez beaucoup de gens, pas forcément de façon positive. C’est peut-être aussi parce qu’ils abordent des problématiques qui peuvent paraître puériles, mais qui vont tous nous concerner pendant longtemps. »

Le groove dans la désillusion

Sur scène, elle est épaulée par un batteur et un bassiste qui rajoutent beaucoup de groove à ses textes profonds, parfois impudiques, remplis de noirceur et de désillusion, qui peuvent en dérouter certains, et en attendrir d’autres. « J’aime bien le côté provocation de certains textes qui font réagir, mais la musique prend le pas sinon je ferais des conférences, s’exclame t-elle en souriant. C’est vrai que ça pourrait presque parfois ressembler à des monologues de théâtre pour certains. On m’a souvent fait le reproche d’être trop métaphorique dans l’écriture et j’ai longtemps culpabilisé de n’écrire que des choses mélancoliques, mais il faut savoir jongler avec ses émotions. » Ce que j’ai bien aimé, c’est qu’elle ne sacrifie pas la musicalité de ses chansons au risque de plomber l’ambiance, elle est la preuve vivante et éclatante qu’on peut danser et penser (et panser ?) pendant le même concert.

Quant au mouvement féministe avec lequel certains seraient tentés de la rapprocher au vu de ses textes engagés, la chanteuse assume tout en nuançant ses propos. « On qualifie souvent ma musique de féminine mais je ne cherche pas à toucher que les femmes. Hélas, le mot féministe est presque devenu une insulte aujourd’hui, alors que c’est la place des femmes dans la société qui me touche. Pour la chanson «Les femmes qui rient», je me suis inspiré d’un monologue de la pièce Good Canary qui traite de cette pression qu’on subit en tant que femme, la dictature de la mode, du physique. Pour certains, c’est sans importance, mais ça peut être fatiguant à la longue. »

Après avoir obtenu cette année le concours de l’Education nationale, Philémone va pouvoir se consacrer plus sereinement à sa passion de la musique et préparer la confection d’un premier album qu’on imagine déjà aussi intense que ses débuts. En attendant sa sortie probable en 2017, ne manquez pas ses prochains concerts dans la région Centre (Contres, Villandry) et ailleurs (Festival Bordelone, à Pontvallain).

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