Tim Dup, distributeur d’émotions pures

Tim Dup

Tim Dup se décrit comme un ramasseur de souvenirs. C’est aussi et surtout pour moi un distributeur d’émotions pures. Je ne me suis toujours pas vraiment remis de la découverte de son titre « TER Centre » au printemps 2016, quelques notes posées avec délicatesse sur son piano sur la poésie méconnue des transports en commun. Timothée Duperray continue de nous transporter de joie et d’émotion avec son premier album qu’il a joliment intitulé « Mélancolie heureuse ». La chanson qui donne son nom à l’album, est un sommet de fragilité, de sensibilité, de vie tout simplement. Il explique à quel point la tristesse peut être belle, évoque des fragments de beauté cachés dans la noirceur :

« Comme une couleur pastel s’efface lentement au fusain,
jamais trop dans la lumière, c’est la nuance qui fait le grain,
comme cet état second après l’amour sensationnel,
la liberté qu’on peut avoir en parachute ascensionnel. »

Les chansons de Tim Dup transpirent de vérité, d’instants volés, de sentiments qu’on a tous ressentis de façon confuse. Comme un peintre impressionniste, il esquisse notre quotidien par petites touches de couleurs plus ou moins sombres. Impossible de ne pas reconnaître une personne déjà connue à l’écoute de « Moïra Gynt », ses « baskets défoncées, ses vêtements de prêt-à-porter et son blouson dégueulasse, qui s’est dissimulée dans un ailleurs ». Impossible de ne pas se reconnaître aussi dans les envies d’ailleurs de « L’envol » :

« En quête d’un sens, d’une trajectoire, insensible projectile,
tout porte à croire que tout nous échappe et que rien ici-bas
ne nous appartient vraiment, j’aimerais m’envoler loin, très loin,
faire l’amour dans des espaces infinis. »

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Pianiste prodige depuis sa petite enfance, Tim Dup s’en est depuis largement affranchi pour adopter des sonorités plus modernes, parfois orientales (« Comme un écho »), parfois tribales (« Une envie méchante »), parfois à coup de vocoder futuriste (« Où tu vas ? »). Au croisement de la spiritualité, du flow acéré de MC Solaar (« Mortelle Habanera ») de l’urgence fébrile de Fauve ou encore du sens de l’observation d’Alain Souchon, dont il a d’ailleurs repris superbement « La vie ne vaut rien », il fait souvent le pont entre plusieurs générations d’artistes, un paradoxe qu’il explique à sa façon dans le titre d’ouverture :

« Je suis l’hypothèse, l’équation, la réponse et la question
Je suis la joie, le bonheur, le triste et la douleur
Je suis la haine et l’amour, la fatigue et l’envie
Je suis le vide et la foule, la passion, le mépris
Je suis le paradoxe, l’antithèse, le singulier,
Je suis le schizophrène, l’inconnu et la complexité. »

Sa fragilité, c’est sa force. Sa curiosité, c’est son arme pour peindre le monde autrement. Sans morosité ambiance, sans misérabilisme, sans pathos dégoulinant, son album dépeint les joies, les peines, les routes et les déroutes d’une génération qui « doit faire des pieds et des mains pour se réinventer ». Car au bout d’un couloir sombre, il y aura toujours un coin de lumière où se réfugier. A 22 ans, Tim Dup joue le rôle d’étendard d’une « jeunesse éternelle qui rêve tout bas, qui rend sa vie plus belle chaque jour ici-bas, qui de son timbre ensorcelle quand elle fait entendre sa voix », comme il le proclame avec vigueur sur « Bons vivants ».

 

 

 

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