Victoires de la musique, le contre-palmarès

Et si on imaginait des récompenses totalement subjectives pour les Victoires de la musique ? Il y a la version officielle de la cérémonie, qui balaye l’année écoulée et couronne les artistes les plus en vue. Mais plusieurs dizaines d’autres n’ont pas démérité de figurer au palmarès, l’occasion de faire briller ceux qui oeuvrent dans l’ombre des spotlights, contribuant à leur manière à la richesse de la scène musicale française, quoi qu’on en dise.

Meilleur chanteur : Perez
Echappé du groupe post-rock Adam Kesher, Julien Perez s’inscrit comme digne héritier d’Etienne Daho ou de Dashiell Hedayat, dont il reprend sur scène le vibrant «Chrysler». Les «Saltos» de son premier album solo donnent des fourmis et invitent à une danse hypnotique, au rythme du revival de la new wave à la française. Entre une «Apocalypse» tournoyante et sa «Gamine» entêtante, l’album le plus cold de l’année.
Autres prétendants : Joseph d’Anvers, Rover.

Meilleure chanteuse : Luciole
Elle ne «ressemble à aucune autre, aucune». Sur son deuxième album, « Une », Luciole distribue des instants poétiques de sa voix feutrée et caressante. Elle nous embarque dans son «bateau de papier» décoré avec grâce et brillant de mille feux. J’ai un moment pensé à Camille ou Emilie Simon avant de saisir ce qui fait son inventivité et sa singularité : des accents toniques («A bras le corps»,  «Fort. Forcément» ) qui mettent du baume sur ses fêlures («La clé du problème», «Fix You» en duo avec Hugh Coltman).
Autres prétendantes : La Grande Sophie, Karimouche.

Album révélation : Yseult
C’est le rendez-vous manqué de l’année. Un album qui aurait dû selon toute logique trouver son chemin jusqu’au grand public. Mélodies évidentes et dansantes en français, forte personnalité, un talent précieux aux manettes en la personne de Da Silva, Yseult avait toutes les raisons de transformer l’essai après sa finale à « Nouvelle Star ». Il ne me reste plus qu’à me consoler en réécoutant en boucle les tubes irrésistibles que sont « Bye Bye Bye », « Summer Love » ou « Californie ». Sans oublier le grand moment de douceur «Blanche» qui clôt un disque parfait. Trop parfait, peut-être ?
Autres prétendants : Jain, Feu ! Chatterton.

Révélation scène : Last Train
Je ne me suis pas encore remis de la claque Last Train. Un groupe de minots à l’allure plutôt sage qui lâche tout une fois monté sur scène. Je n’ai pas vu une telle énergie brute et une soif d’en découdre depuis belle lurette parmi les groupes français. Les garçons font du rock comme si leur vie en dépendait, leurs chansons sont des boulets de canon à retardement et ça fait beaucoup de bien.
Autres prétendants : Grand Blanc, Jeanne Added.


Chanson de l’année : « Chagrin » de Requin Chagrin
J’ai découvert ce groupe grâce à une compilation de l’excellent label défricheur La Souterraine et je ne regrette pas une seconde. Depuis, je ne me lasse pas de ce tube de poche à écouter pour se donner du courage, scandé avec passion par la chanteuse du combo sur fond de guitares surf et d’un écho enivrant. Michel Sardou n’aurait pas mieux dit avec son «Requin Chagrin».
Autre prétendants : «Porno» de Charles-Baptiste, «Manueta» de Hollydays.

Meilleur album rock : Aline
Le groupe marseillais est passé à la vitesse supérieure avec son deuxième album, réalisé avec la collaboration du Britannique Stephen Street, producteur des Smiths. Après avoir bu et dansé de façon langoureuse, Aline continue de flirter avec la pop anglo-saxonne sur des tubes malicieux et sexy, comme La vie électrique qui donne son nom au disque. «Je boirai l’eau trouble à la source de celle qui coule entre tes cuisses», susurre Romain dans les paroles. En prime un hommage à peine déguisé au rock british des Buzzcocks ou de Blur avec le virevoltant «Promis Juré Craché» et ses riffs énergisants.
Autres prétendants : «Hungry Dirty Baby» de Mademoiselle K, «La vague» d’Izia.

Meilleur clip : « Gilded Gaze » de Flavien Berger
C’est davantage une performance d’art contemporain qu’un véritable vidéo clip. 19 minutes d’orgie visuelle avec des images qui se chevauchent, se mélangent et se démultiplient pour un résultat épileptique et fascinant, selon le procédé vertigineux du datamoshing ». Une prouesse technique qui confirme le talent insolent de Flavien Berger, qui se place totalement en marge du circuit normal. Son premier album Leviathan m’a plongé dans un monde surréaliste et captivant.
« Misfits » de Grand Soleil, « Quite Like » de Her.

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